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Pascal Simonet à propos de ses oeuvres en collection au FRAC PACA

Pascal Simonet L'alchimie du regard par Laurent Brunet

Pascal Simonet par Catherine Flohic dans NINETY N° 17

Pascal Simonet par Jean-Luc Chalumeau dans NINETY N° 17

Conte à l'usage des enfants qui veulent comprendre Pascal Simonet, et des autres s'ils souhaitent le comprendre aussi . Par Raphaël Monticelli

Sculptures sous le soleil d'Antibes, texte de Pascal Simonet 1998

 


 

 

 

 

 

 

 

 

PASCAL SIMONET,

L’ALCHIMIE DU REGARD


Un texte de
Laurent BRUNET


PRÉCAUTIONS LIMINAIRES

S'entretenir avec Pascal Simonet implique une mise à distance des mots. Il ne s'agit pas d'un refus du dialogue, mais il est plutôt question de demeurer conscient de la relativité des mots face aux choses. Choses mentales comme les perceptions esthétiques et les émotions qu'elles suscitent. Choses matérielles comme les matériaux rencontrés et cooptés qui deviendront des œuvres au terme d'un lent et patient processus.

Travaillée par -et en hommage au silence des choses, l'œuvre de Pascal Simonet ne saura jamais être réductible à un discours. Cette mise en doute du langage verbal est bien la moindre des précautions que l'artiste puisse prendre quand il consent à parler de ces choses dont, après tant d'artistes de tous les temps, il doit souhaiter " qu'elles parlent d'elles-mêmes ” : ses œuvres. Mark Rothko, grand taciturne l'exprimait ainsi: « The work will be the ultimate arbiter » ( L'œuvre sera l'ultime arbitre ).


DÉMIURGE OU TEMOIN ?

L'artiste doit-il s'identifier à cette image haute en couleurs du créateur qui pour diffuser son œuvre n'hésite pas à se mettre au premier plan, à tel point qu'on en vient parfois à s'intéresser aux facéties du grand homme plus qu'à son ouvrage ? La réponse de Pascal Simonet à cette question serait sans ambages, et elle serait négative. Mettant à bas toute notion de génie, par son tempérament propre autant que par la nature de son travail artistique, Pascal Simonet manifeste une conception de son statut d'artiste fort peu conventionnelle en occident : « Je me considère moi-même comme un outil des choses qui sont là. » déclare-t-il. Cette réflexion est une véritable inversion des rôles traditionnellement dévolus à l'artiste-démiurge par rapport à " sa chose " : l'œuvre.

Si l'œuvre est en quelque sorte le grand ordonnateur du travail de l'artiste lui-même, c'est dire que sa conscience, sa volonté ne sont pas toutes puissantes mais participent à un plus vaste ensemble. Le moi-créateur, Pascal Simonet cherche sensiblement plus son effacement que son affirmation. On trouve cette conception chez certains artistes qui parlèrent plus de leur quête ou de leurs échecs que de leur talent. Giacometti fut de ceux-là, Paul Klee également qui déclare : « Maintenant les objets m'aperçoivent. » Sans réduire cette phrase à une explication verbale, on comprend du moins ce qu'elle implique : les objets contemplés ou fabriqués par l’artiste agissent sur sa conscience. C'est bien cette disponibilité, cette mise à l'écoute des phénomènes que sollicite la démarche de Pascal Simonet.


DES PROMENADES SANS OBJET

Cette démarche commence par ces promenades sans objet qu'affectionne Pascal Simonet. Lors de ces promenades, il scrute et observe ce paysage moderne qui est celui de notre environnement actuel. Un lieu qui n'est ni exclusivement urbain, ni pleinement naturel. Il constate que notre espace vital subit des modifications si profondes que les termes de " paysage " ou d’ " espace naturel " changent dans leur signification. Transformation sémantique qui fait écho à un changement de nature comme de fonction des espaces naturels et urbains. Loin de souscrire à une conception militante de l'écologie, Pascal Simonet s'insurge contre cette conception, révoltante à ses yeux, de l'espace naturel comme enclos protégé. Au lieu de l'espace vert considéré comme une espèce de musée, il souhaite que l'espace naturel demeure un lieu de vie.

On ne saurait s'étonner de l'intérêt passionné qu'éprouve l'artiste envers ces questions d'ordre écologique si l'on veut, éminemment social en tous cas. Comment l'artiste ne se soucierait-il pas du milieu où avec ses contemporains il évolue quotidiennement ? C'est que le processus créateur ne s'opère pas ex-nihilo ; il s'élabore et se nourrit au sein du milieu ambiant dans lequel l'artiste évolue puis en retour les œuvres contribuent à la construction d'une réalité nouvelle. Mais comment ces considérations, à priori extra-artistiques, vont-elles se répercuter dans une démarche artistique ? Certainement pas à la façon d'une œuvre-manifeste. Pascal Simonet par son travail souhaite plutôt inciter le spectateur de son œuvre à une réflexion concernant ces questions-là, au lieu de revendiquer et d'imposer des affirmations dogmatiques. Cette attitude refuse de placer le créateur en posture de dénonciation. L'attitude première de Pascal Simonet est celle de l' observation des faits. Il évolue donc en promeneur dépourvu de tout à priori esthétique : « Pas d'arrière-pensées artistiques ou autres au départ, et c'est ça qui fait un peu l'intérêt de la chose. » Cette phase préliminaire au travail artistique n'en est pas dissociable. Cette prédisposition à la recherche se qualifie par une ouverture d'esprit et de regard d'une amplitude maximum. C'est lors de ces promenades mi-erratiques, mi-laborieuses, que vont s'opérer ces rencontres fécondes. On pourrait oser une paraphrase, ce n'est plus le temps où, à l'instar de Cézanne, l 'artiste se rend sur le motif, mais plutôt le moment où les motifs vont se donner à l'artiste, dans cette intuitive prémonition des œuvres à venir.

DES RENCONTRES ÉCLAIRANTES

L'attention et la démarche créatrice de Pascal Simonet semblent se concentrer autour d'un point nodal : ce serait là où, hors de toute raison logique, fonctionnelle se trouvent réunies des choses d'origines différentes, à savoir l'objet naturel et l'objet industriel. Ces rencontres vont être magnifiées dans ses œuvres lorsque sont réunis par exemple le tronc ancestral de palmier à un faisceau de gaines électriques évidées, en matière plastique. Ainsi l'œuvre n'est pas exclusivement une création d'atelier, sa genèse s'opère par le regard avant que la manipulation ne rende effective cette idée première. Cette idée ou intuition première est parfois préexistante dans la réalité extérieure, dans les rues. Ces choses « qui sont a priori disjointes, mais qui en fait dans notre environnement ne le sont pas tant que cela. Elles se côtoient et même sont très, très proches. » Ce commentaire nous amène à constater que Pascal Simonet se comporte un peu comme un explorateur de l'inaperçu. Ce qu'il voit (et qu'il va parfois s'approprier) se situe dans notre environnement, indéniablement. Ces choses qui se côtoient, qui sont « très, très proches », sans doute passons-nous à côté d'elles sans les voir. Ou bien les voyons-nous sans les regarder ? Du moins sommes-nous moins sensibles aux relations entre les choses. Relations qui constituent au premier chef les pièces de Pascal Simonet.

C'est donc lors de ces promenades que s'effectue " la cueillette ” des matériaux naturels et industriels. Pascal Simonet discerne la phase première d'ordre contemplatif à celle de l'ordre de l'action : l'appropriation de certaines choses, parmi d'autres. En vertu de quels critères ces matériaux sont-ils élus par l'artiste ?
C'est leur capacité à représenter notre paysage actuel, qui le fait choisir tel ou tel matériau. Mais chaque objet renvoie également à d'autres dont la mémoire se souvient. C'est-à-dire que chaque chose est appréhendée à deux niveaux. D'une part sa vertu propre à évoquer l'environnement d'où elle provient. D'autre part, cette chose dialogue avec d'autres préalablement recueillies qui séjournent peut-être dans l'atelier ou déjà intégrées à des pièces conçues et réalisées.

On comprend la nécessité de cette signification ambivalente : l'objet doit être assez riche symboliquement pour évoquer tout un réseau de significations, par ailleurs de par ses qualités esthétiques il devra pouvoir s'accorder à d'autres matériaux d'origine différente. Leur rencontre devra assurer une cohérence nullement limitée à l'aspect formel, mais au contraire produire tout à la fois un objet accordé, harmonisé et dont le contenu symbolique naîtra de la rencontre de ces éléments disparates. Toute la tension des œuvres de Pascal Simonet naît de cet équilibre subtil : celui d'une rencontre formelle efficace et d'un enrichissement symbolique. Le paradoxe est sans doute dans le sentiment d'évidence que produisent ces rencontres. Alors que nous assistons à des rapprochements imprévus, tout se passe comme si ces rencontres étaient inéluctables. Avant d'avoir contemplé certaines pièces de Pascal Simonet nous n'avions jamais imaginé telle proximité, mais ensuite elle nous semble si convaincante que la synthèse opérée nous apparaît comme allant de soi, naturelle.
La poésie qui émane des œuvres doit probablement naître de ce sentiment d’ " étrange familiarité ” que ces pièces suscitent en nous.


L' ATELIER , UN ANTRE MATRICIEL

Pascal Simonet explorateur de notre temps et de ces lieux indistincts où s'élaborent selon lui une vision nouvelle du paysage, opère ses découvertes au dehors. Cette phase préliminaire de rencontre avec certaines formes et objets privilégiés par le regard, par l'esprit et peut-être par la main est décisive, mais elle n'est pas ultime. Les choses retenues (j'allais dire reconnues) par le regard sont ensuite acheminées vers l'atelier où une seconde vie les attend.

Que vont devenir ces choses ainsi recueillies, exposées au regard de l'artiste, à portée de sa main, que va-t-il en faire ? Eh bien rien du tout ! Du moins dans un premier laps de temps. Écoutons Pascal Simonet évoquer ce paisible séjour des choses :
« Et puis tout ça, parfois reste assez longtemps : un an, deux ans, voire même trois ans. Les choses se décantent, je vis avec. Je les regarde, je les observe, je les dessine parfois. Et à un moment donné ces choses-là vont trouver leur place, avec d'autres, vont venir s'articuler avec des choses que j'ai vues. »

On peut songer à une sorte de pratique magique lors de laquelle il s'agit de capter l'esprit des choses inanimées. Mais nous pouvons inverser les rôles et c'est alors moins le créateur qui va s'assurer de la " possession " des choses que celles-ci qui, à force de s'insinuer dans son regard, sa conscience, vont peu à peu prendre possession de son être à la manière d'un envoûtement. Alors sera-t-il capable de présider à la métamorphose. Tout se passe comme si Pascal Simonet avait besoin d'adopter ces objets, de se les rendre familiers, intimes sans que cette connaissance intime abroge l'énigme de la vie de ces formes.

L'atelier est donc bien ce lieu, (le seul possible ?) où les choses et l'homme vont rentrer peu à peu en osmose. « Je les regarde, je les observe ». Après avoir été repérées, élues et appropriées, elles vont être sondées, peut-on oser le terme : écoutées...

Un indice de cette relation particulière est le statut du dessin. Il n'est pas l'inventaire systématique des choses. Il n'a ni visée encyclopédique ni esthétique. « Je les dessine parfois. » C'est ici ce " parfois " qui prend tout son sens. " Parfois " veut dire lorsque la nécessité s'en fait sentir. C'est à dire que le dessin devient un moyen (parmi d'autres) de rentrer en contact avec la chose quand le regard n'a pas suffi. Ce n'est pas la représentation qui est visée, mais une tentative de connaissance à nulle autre pareille, donc pas systématique, pas forcenée. Pascal Simonet rejette l'aspect laborieux de la création artistique. Que telle pièce réclame un dessin et telle autre non, c'est l'assurance que ce qui est en jeu n'est pas une méthode (un processus opérationnel) appliquée systématiquement à l'encontre de tout ce qu'il réunit, mais que la chose dicte, suggère par sa nature même un moyen d'approche irréductible.
Une seule exigence concerne toute les pièces. La patience, le temps qui s'écoule lentement sont nécessaires à cette approche intime des choses.


L' OXYDATION COMME VIE DE L' INANIMÉ

C'est certainement à partir de ce lent regard que va s'opérer la démarche créatrice. La contemplation est ici élevée au rang de processus artistique, car c'est par celle-ci que vont se révéler quelques caractères de la matière qui intéresse Pascal Simonet au tout premier plan.

Et pour commencer doit être questionnée la notion même d'inanimé. On parle aussi de choses inertes. C'est bien l'impression que nous fournissent ces objets, si on les compare à d'autres : ceux qui accaparent le plus souvent nos sens, des objets, des phénomènes suggérant la vitesse, le mouvement.

Mais là encore, l'observation patiente va bousculer certaines idées reçues, car nous dit Pascal Simonet : « L'artificiel n'est pas aussi stable que ça. » C'est un témoignage attentif de la vie silencieuse des objets qui peut rendre un tel constat. Pascal Simonet évoque le phénomène chimique de l'oxydation. Rappelons que ce processus concerne à la fois les formes inanimées et les êtres biologiques. On peut dire qu' à l'échelle atomique toute chose participe d'une combustion généralisée. Comme ce phénomène se produit à un rythme évidemment très lent, il échappe le plus souvent à notre observation courante. Disons qu'une telle constatation risque de nous donner le vertige, car la durée de l’ existence humaine est reléguée à une quantité infime...

Pascal Simonet a pu observer ces phénomènes. C'est ce qui lui fait porter son intérêt sur le devenir des choses. Entre la considération des objets inertes et la prise en compte de leur transformation, il y a un écart important. Si les choses nous apparaissent inertes, figées, elles subissent en réalité une lente métamorphose. Cette vie ralentie modifie notre perception de la matière. Pascal Simonet est par là très proche de cette devise pythagoricienne : « Eh là, tout est sensible ! »


LE REGARD AGISSANT

Le travail créateur de Pascal Simonet joue donc constamment entre les deux pôles de la contemplation et de l'action. L'observation patiente des phénomènes le conduit à reconsidérer la vision que nous portons sur les choses et sur leur devenir. Le processus de l'oxydation en révèle un aspect non négligeable. La feuille d'agave " brûlée " par le temps, les troncs de palmiers desséchés offrent des transformations plus spectaculaires mais pas fondamentalement différentes de celles subies par les matières plastiques, le bronze ou le métal galvanisé d'un lampadaire.
L' oxydation des métaux modifie leur aspect, la matière plastique devient plus cassante et ses couleurs s'altèrent. L'enseignement que Pascal Simonet retire de ces constatations c'est que ce que nous considérons comme une dégradation des choses est en réalité une nouvelle forme d'existence de ces objets. Une sorte de métempsycose des formes à travers lesquelles la matière subit une constante métamorphose.

La seconde destinée de ces choses érodées par les éléments naturels et le temps va s'accomplir dans l'agencement nouveau et imprévu qui produit les œuvres. Le travail préparatoire de dessins en atelier joue un rôle décisif pour favoriser ces rencontres inédites. La main qui dessine témoigne des choses vues au fil du temps et retenues à un moment donné. Les formes vues, observées, dessinées font écho à d'autres formes présentes dans l'atelier ou au dehors. Le dessin est ce lieu de condensation non seulement des mémoires superposées mais encore et surtout de virtuels rapprochements : des promesses d'œuvres...


LE REGARD AU DELÀ DU MUSÉE

La pièce conçue, élaborée lentement doit s'offrir au regard de tous. Le musée accueille « ces pièces dont les proportions sont à notre échelle », précise Pascal Simonet. Il ne s'agit pas de provoquer ou de scandaliser le spectateur. La relative discrétion des œuvres, leur fusion avec l'environnement du musée ne sont pas des épiphénomènes. Souhaitant essentiellement agir sur la vision du spectateur, Pascal Simonet réclame de celui-ci une participation active, un parcours curieux. À cet égard l'œuvre ne vise pas à " remplir " le lieu d'exposition pour imposer une vision forte. Au contraire, l'espace laissé vacant autorise une perception méditative, que chaque spectateur peut ressentir s'il s' accorde le temps pour cela.

Si ces œuvres ne visent pas à imposer au spectateur une impression forte et tyrannique, sans doute pourront-elles alors agir de façon plus profonde sur notre perception en égard à cet inaperçu dont nous avons reconnu Pascal Simonet comme un patient explorateur. Dès lors l'exposition de ses œuvres dans l'enceinte du musée ne saurait être l'aboutissement de la démarche de Pascal Simonet. L'enjeu de ces pièces n'est-il pas de restituer à notre regard toute sa capacité d'étonnement ? Étant bien entendu que la pure et simple perception du monde dans lequel nous évoluons est en soi agissante, si toutefois nous savons accorder notre attention patiente aux phénomènes qui nous entourent et nous constituent. Quelle mission plus noble exiger d'une œuvre d'art que de contribuer à cette alchimie du regard...


 


A 57, 1990 Pneu déchiré et feuille d’aloès gravée et séchée. (195 x 60 x 30 cm)

 

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Tous les passages en italique de ce texte sont extraits d’un entretien avec Pascal Simonet réalisé en Mars 1992 à Aix en Provence à l’occasion d’une exposition au Musée des Tapisseries pendant le mois de Février, dans le cadre du Prix “ Culture & Entreprise ”.


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Laurent Brunet : éditeur de la revue d'art Lisières.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 


Pascal Simonet par Catherine Flohic dans NINETY 2ème TRIMESTRE 1995

 

(...) Fait-il de la peinture? Depuis ce temps, Simonet tourne autour des problèmes essentiels aux peintres et sans jamais n'utiliser d'autre médium que des "objets" minéraux ou végétaux et bientôt du mobilier urbain.

Fait-il de la sculpture? Il en utilise le vocabulaire plastique et, lorsqu'il tente d'expliciter son travail, il parle de "mise en relation avec l'espace", comme un sculpteur.

Fait-il de la photographie? Lorsqu'il réalise un travail de commande et conçoit alors une oeuvre en relation, ou en sens ou d'esthétique, avec le lieu où il intervient, il en fait des photos. De ces moments d'intervention dans la nature ou dans des bâtiments, chapelles, châteaux, etc., et même aujourd'hui dans l'atelier, l'oeuvre est la photo... (...)

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

Sculptures sous le soleil d'Antibes Lauréats 1998
Pascal Simonet par Raphaël Monticelli

 

Conte à l'usage des enfants qui veulent comprendre Pascal Simonet , et des autres s'ils souhaitent le comprendre aussi.

 

C'était il y a bien longtemps....Un monde nouveau s'apprêtait alors à naître. Dire un monde nouveau n'est pas très juste. Ce qui naissait c'était une façon nouvelle de regarder le monde. C'était à la fin du 13ème siècle. L'art, dans des pays comme le nôtre, allait peu à peu cesser de dire l'ordre de dieu, pour, peu à peu, figurer les objets et créatures du monde. Peu à peu, les ciels des tableaux allaient perdre la feuille d'or et devenir bleus, et plus encore, peu à peu, allaient se charger de nuages...Peu à peu, le monde apparent allait s'inscrire dans la peinture des artistes, avec ses montagnes, ses villes, ses animaux, sauvages et domestiques, ses hommes et ses femmes, plus ou moins beaux, plus ou moins pauvres, plus ou moins jeunes, avec aussi ses arbres, ses herbes, ses fleurs, ses guerres, ses amours, ses palais et ses maisons, ses intérieurs, plus ou moins intimes, plus ou moins modestes, avec des tables plus ou moins garnies...            Le monde des hommes.

Je m'en souviens comme si c'était hier...Il y avait alors un homme..., à vrai dire on le croyait alors un peu fou..., qui s'était mis en tête de parler à toutes les choses du monde d'alors : les oiseaux et les poissons, les autres hommes... Il s'adressait aussi bien au soleil et à la lune, aux étoiles, à l'eau, à la terre et au feu... Et il disait ainsi aux autres hommes que notre monde mérite qu'on le considère, qu'on en parle, qu'on lui parle, que nous sommes si proches de ces bêtes et de ces choses, que nous avons tellement besoin d'elles, que nous devons apprendre à vivre avec elles, à les aimer peut-être même, ou à les rendre aimables.

Oui, c'est comme si cétait hier...Il s'appelait François. Vivait dans une ville italienne appelée Assise. Vous avez peut-être entendu parler de lui: Saint François d'Assise. Et la légende dit qu'il avait même longuement discuté avec un loup - vous savez que la plupart des gens pensent qu'un loup c'est forcément féroce -, et qu'il avait conclu un pacte avec lui pour faire la paix, pour que le loup puisse vivre en bonne intelligence avec les habitants de la région. Vous comprenez bien sûr, que ce loup représente tout ce qui nous fait peur et que la légende de Saint François nous dit qu'il faut apprendre à regarder notre monde comme il est, et à aprivoiser nos peurs.

Bien, me dites-vous, mais pourquoi nous parles-tu de tout ça? Et qu'est-ce que ça a à voir avec ce que fait Pascal Simonet? Parce que, si on a bien compris, tu devais nous parler de Pascal Simonet, non?

Bien sûr, bien sûr...Je dois parler du travail de Pascal Simonet. Et c'est un peu de ça que je parle. Voyez-vous, aurjoud'hui comme il y a bien longtemps, un monde nouveau est en train de naître, et nous avons besoin d'une nouvelle façon de regarder. ce monde. Oh, il n'est pas toujours agréable à regarderce monde, ni toujours aimable, je suis d'accord. Il est plein de loups, si vous préférez. Tenez, prenez les objets par exemple. Un peu, c'est bien, mais il y en a tant dans nos pays, qu'ils nous étouffent. Ca fait des empilements monstrueux dans nos supermarchés; nos maisons en sont pleines, ça nous cerne , ça remplit nos rêves (parce que nous rêvons de les posséder tous), mais ça remplit aussi nos cauchemars (parce que nous avons peur que cette avalanche de possession nous tue).

Et il n'y a pas que les objets des supermarchés, il y a ceux de nos villes, et des routes qui relient nos villes. Il y a ces grands loups qui mangent tant de vies innocentes, ces grands responsables de douleur et de mort: les déplacements, les automobiles, les routes, les autoroutes... Nous savons bien que nous avons besoin de tout ça... Mais en même temps, ça nous inquiète beaucoup. Voyez la moindre route... Si vous avez déjà vu goudronner un chemin, de terre et de pierre, vous savez combien c'est terrible: le terre étouffe là-dessous, on le sent bien... D'ailleurs plus rien ne pousse. L'eau même ne peut plus y pénétrer. La route bitumée: comme une longue pierre tombale qui écrase la terre.
En plus, tout ça fait du déchet, ça se jette, ça ne se recycle pas forcément. Que ferons-nous des carcasses de nos voitures, et des rambardes enfoncées de nos autroroutes? Que ferons-nous des cadavres imputrescibles de tous nos objets? Et comment arriverons-nous encore à regarder nos herbes et nos plantes, nos racines et nos arbres? Comment garderons-nous, marlgré tout, le goût des aloès, la saveur des agaves, la couleur lourde des oliviers et l'odeur entêtante des palmes?

Et Pascal Simonet, me dites-vous encore ... Eh bien, c'est toujours de lui que je vous parle; et c'est tout simple, écoutez.

Pascal Simonet est un de ces artistes qui ne nous dit pas le monde qui fut ou un monde idéal. Non, il va parler au monde tel qu'il est, et aux choses du monde telles qu'elles sont aujourd'hui. Et il s'adresse aux pneus de nos voitures, aux tables de nos jardins et de nos cafés, aux souffleries, aux poteaux , aux lanternes de nos villes, pour nous dire que notre monde mérite qu'on le considère, qu'on le regarde; que, bien sûr, nos objets ne sont pas toujours jolis, jolis, mais nous avons tellement besoin d'eux, et nous sommes si proches d'eux, et, c'est terrible à dire, ils nous ressemblent tellement!

Et même, ils ressemblent tellement à tout ce qui nous fait rêver. Alors, Pascal Simonet nous les montre comme nous ne les avions pas encore vus: voyez comme l'image de ce pneu éclaté hésite entre le souvenir d'une peau de lézard ou de crocodile et celui d'une belle plante endormie.

Voyez comme cette branche, ou cette fleur, dessinent la forme des lampadaires de nos villes, comme une enseigne peut devenir un livre de poèmes. C'est un peu comme dans ce poème de Prévert où l'on voit, dans une salle de classe, le crayon qui redevient arbre, la craie qui redevient falaise ou la plume qui redevient oiseau... Et ce n'est pas seule légende de dire que Pascal Simonet va chercher à apprivoiser ces objets de nos grandes peurs. Tous ces loups qui risquent de nous dévorer.

Mais voyez-vous, il ne dit pas non plus que l'objet industriel est plus beau ou plus laid que l'objet naturel, il ne dit pas non plus tout-à-fait comme Prévert... Parce que Pascal Simonet ne fait pas disparaître le crayon, la craie ou la plume: à la place de Prévert, il aurait mis la plume à côté de l'oiseau: c'est ça, sans doute, de parler aujourd'hui, aux choses de ce monde, c'est de faire circuler des images et des rêves entre ce que nous appelons "la nature" et nos objets industriels, c'est de les mettre en communication, de les faire dialoguer. J'imagine bien ce que pourrait nous dire Pascal Simonet : "Rendons nos objets à leurs origines, aux images qu'ils portent en eux, rendons-leur leurs origines: elles sont aussi les nôtres; rendons le pot de fleurs à la terre et aux plantes qui l'on fait naître et lui ont donné forme; l'extracteur d'air aux grands vents qui l'inspirent et aux cris des mouettes aux bords des plages, les pneux aux monstres dont ils ont adopté la mue; et rendons la grâce et le chant à tous les végétaux qui éblouissent la terre".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

Pascal Simonet par Jean-Luc Chalumeau dans NINETY N° 17 1995

(...)Artiste de l’environnement, réfléchissant sur les données contemporaines de ce qu’on appelle le paysage urbain, Pascal Simonet invente une voie originale pour traduire cette réflexion en œuvres d’art. Ces dernières ne sont ni peintures, ni sculptures, ni installations et s’inscrivent, d’une certaine façon, dans l’histoire de l’art générique tel qu’il a été conçu par les minimalistes. Mais, pas plus qu’il n’est peintre de paysage ou adepte de l’art in situ, Pascal Simonet n’est lui-même minimaliste.(…)

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sculptures sous le soleil d'Antibes Textes de Pascal Simonet 1998

"Pour échapper à la condition d'animal, l'homme a toujours résisté à l'environnement, à certaines pressions biologiques et écologiques. Il s'est choisi et inventé un autre réel, un autre environnement contre lequel, paradoxalement, il est obligé de plus en plus aujourd'hui de résister à nouveau et de composer avec lui-même. Cette résistance lui fait trop souvent oublier la représentation de ce qu'il a autour de lui, de l'ordre du quotidien, du banal, de l'évident, de l'habituel et du bruit de fond. L'ensemble de mon travail plasique s'efforce tout simplement de rendre compte de cela, d'interroger ces sortes de trous noirs de la perception contemporaine, qui font dire à Lucius Burckhardt, sociologue des systèmes urbains: "Le paysage, c'est ce qui se forme dans ma tête, une fois rentré à la maison lorsque j'ai oublié qu'un chat gris a croisé mon chemin, et qu'au fond de l'étang, une boîte de Coca-Cola brillait au soleil".

Vous comprendrez que pour moi, le paysage se situe tout à la fois sur le parcours du chat, et dans l'espace qui nous sépare tous les deux de la lumière du soleil sur la boîte de Coca-Cola qui brille."

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pascal Simonet à propos de ses oeuvres en collection au FRAC PACA

 

Pascal Simonet se comporte comme un explorateur de l'inaperçu. Cette démarche commence par ses
promenades, dans l'espace moderne, ni exclusivement urbain, ni pleinement naturel. Il scrute, observe,
dessine, parfois photographie, ramasse, ramène des matières, des morceaux de réalité, les laisse reposer,
vivre et évoluer dans son atelier. L'attitude créatrice de l'artiste est d'abord celle de l'observation puis celle
de la retranscription des faits. Pour lui le paysage naturel est un lieu de vie et non un espace vert conçu
comme un espace muséal. Une partie de son œuvre consiste en la réalisation de sculptures composées
d'éléments naturels et industriels trouvés au fil des promenades sur le littoral méditerranéen. Son but n'est
pas une critique, ni un parti pris écologique, simplement un constat poétique de l'environnement dans lequel
il évolue quotidiennement.
« C’est le voyage, la traversée régulière et très souvent aveugle de la France dans son axe Sud/Nord, qui
est à l’origine de ce travail. Ces déplacements géographiques me permettent de reposer différemment la
question du paysage, de sa représentation graphique, en celle de notre rapport au monde et de notre place
dans celui-ci. Formellement, cette pièce est constituée en premier lieu d’une mise à plat de l’élément végétal
au moyen d’empreintes directes qui viennent dessiner discrètement sur et dans le carton rehaussé de
pigment. Un second dessin au pastel sec, d’après un tableau paysagiste tout à fait imaginaire est là pour
constituer une sorte de modèle, d’archétype du paysage, de celui sublimé. À ce dessin vient s’en superposer
un troisième et s’entremêler une perspective toute autre, qui nous renvoie ici l’image de la friche industrielle,
sorte de mauvaise conscience que l’on ne sait plus voir et qui oblitère l’environnement des voies de chemin
de fer. Le paysage rêvé, imaginé, sublimé, presque immuable est là comme une sorte d’interface paysagère,
comme le sont les espaces verts, parcs et jardins urbains. » P. Simonet