Trajectoires

Parler du désert du Néguev, comme à un cheval

À partir des tribulations historiques de Bédouins dans le désert du Néguev, de certaines traces de mémoires de vie ou de mort effacées ou à la limite du seuil de perceptibilité, mon intérêt s’est porté à rechercher, révéler, réinventer sous les pas de chevaux, tantôt fantomatiques, emblématiques, ou clandestins, une histoire de lieux dans ce contexte singulier israélien, là précisément où les courses de chevaux sont interdites et où Bédouins palestiniens, Bédouins israéliens, organisent quelque part des courses clandestines dans le Néguev ; où les jockeys se jouent de leur appartenance culturelle pour se rejoindre par et autour de l’animal, faisant ainsi du cheval un véritable partenaire de médiation entre les communautés, à l’instar du cheval Ohio, conduit de Gaza vers Israël pour y être soigné en 2016. Au-delà de tous conflits armés, où clivages politiques, identitaires et religieux, le cheval, par sa puissance médiatrice et symbolique fait sans doute des Bédouins palestiniens et israéliens sa plus noble conquête, Inversant ainsi radicalement la célèbre citation de Georges Louis Leclerc, comte de Buffon, « Le cheval : La plus noble conquête que l’homme ait jamais faite est celle de ce fier et fougueux animal, qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats. »

Alors qu’aujourd’hui notre planète Terre est en souffrance, les interactions Homme/Animal, territoire/animal, ville/animal, sont nécessairement pensées, questionnées, analysées avec de plus en plus d’acuité. Elles impliquent désormais, une dialectique aux multiples facettes culturelles, écologiques, sociétales, politiques, philosophique, voire parfois diplomatiques, en ce qu’elle engage, l’interdépendance de plus en plus sensible de l’Humanité avec le vivant. Il y va de nos capacités limite de résilience et par conséquent de notre devenir.  Pascal Simonet

Les 6 premières photos: Crédit photos : ©Olivier Pastor – Métropole TPM